Tout commence un 3 janvier dans un décor de Champs Elysées, entre Georges V et le quartier de l’étoile.
Je sors de la bouche de métro des étoiles plein les yeux: je vais participer au lancement commercial d’une boite Internet ultra innovante à ambition européenne, financée par un investisseur aux reins solides. La situation parfaite : un contexte challengeant de création d’entreprise, des collègues brillants, un budget marketing très décent et des locaux corrects !
Il est 9 heures pétantes, je pousse la porte du 4ème étage occupé par la start-up qui m’a embauché en tant que chef de projet marketing Internet.
Je rencontre les quelques occupants massés dans une des nombreuses salles de l’étage, commence alors le rituel des présentations (on s’applique pour se souvenir des prénoms), sourires, poignées de main.
On me présente alors à mon meilleur ami, un ordinateur portable qui m’attend sagement. Naïvement, je cherche à rejoindre mon bureau afin de m’installer (comprendre installer la figurine lapin crétin et autres éléments décoratifs), quelle erreur !
Je découvre que les bureaux sont volants. Autrement dit, c’est un peu le jeu de la chaise musicale mais avec des bureaux et sans musique. Alors que je m’essaye à la doctrine du nomadisme professionnel, je me rends compte que le mur principal est couvert d’un drôle de papier peint à base de post it et d’étiquettes.
En pleine réflexion, j’entends le DG qui entonne un « Get Up, Stand Up » à plein poumons. Je vois alors la salle avec la machine à café se remplir de monde, je suis le mouvement, il est 9h30.
Mes collègues fixent le mur avec le drôle de papier peint en post-it, un homme prend la parole il est le directeur technique et passe en revue ses équipes ouvre le stand-up meeting (SUM).
Hum, attendez le quoi ?
Je découvre alors la pratique du Stand-up meeting : une réunion qui comme son nom l’indique doit se faire debout pour qu’elle reste brève : son format ne doit pas dépasser 15 minutes.
Elle permet à chacun de faire connaître aux autres, ce qu’il a fait la veille et ce qu’il prévoit de faire dans la journée et éventuellement de demander de l’aide. Globalement c’est un outil de management pour diffuser des informations en semi-temps réel et créer un esprit de groupe.
Je comprend alors l’utilité du papier peint post-it occupant le mur principal : le Kanban.

Kanban, c’est le mot japonais pour étiquette. L’outil de gestion de projet a été inventé par Toyota pour l’industrie automobile, aujourd’hui, il est également utilisé pour des projets informatique en méthode agile.
L’équipe utilise le Kanban Board (mur “habillé ” et divisé en 4 ou 5 colonnes : « Backlog”; “Ready”; “In progress”; (”To verify”); “Done”) pour indiquer ce qu’il a fait ou ce qu’il va faire.
Le tour de salle progresse jusqu’à ma voisine de gauche qui vient d’arriver comme moi pour renforcer les équipes marketing.
Je suis prise d’un élan de solidarité spontané, je ne suis plus seule en territoire inconnu ! Cette collègue, mademoiselle A. a été recrutée sur le même poste que moi avec un pendant community management.
Le SUM terminé pour aujourd’hui, nous rencontrons nos collègues de l’équipe marketing, … enfin la seule personne qui s’occupe du marketing sur le projet et qui est spécialisé en CRM. Le département marketing/commercial triple en une journée mais ne représente toujours que 15% des effectifs. La suite des événements nous montrera que l’intégration trop tardive du marketing au développement du produit aura contribué à faire perdre plusieurs mois au projet dans la course que connait chaque start-up pour atteindre sa rentabilité.
Petit résumé de ces premières semaines et retours critiques :
L’organisation globale calquée sur des process techniques (méthode iterative agile) est très efficace pour assurer la productivité du personnel technique mais n’est pas compatible sans gros ajustements pour un lancement commercial (impact le time to market).
Pour exemple, le lancement commercial n’a pas été effectif avant fin février soit 2 mois après mon arrivé.
La méthode de projet agile a permis d’atteindre une grande réactivité dans les développements, les opérationnels accueillant le changement les bras grands ouverts. L’effet pervers de cette habitude du changement a été que les tests utilisateurs, le suivi analytics essentiels pour construire sa connaissance client n’ont jamais été au cœur des développements et optimisation du portail.
Aucun A/B tests n’ont été menés.
L’intégration tardive du marketing et la domination des profils techniques parmi l’effectif et notamment à la tête du projet a permis de créer dans un premier temps un produit (le site internet) propre et solide mais sans personnalité: un wording approximatif, une promesse creuse… Les parcours utilisateurs ont été également oubliés.
Le prochain article parlera de l’arrivée de la directrice Marketing et de ses premières actions/réactions …
STAY TUNED ![]()
Les autres épisodes de la startup de Luxe :
* Épisode 1: Bienvenue chez Nous !
* Épisode 2: L’arrivée de la directrice marketing
* Épisode 3: And the winner is …
* Épisode 4: La boîte à Bisounours
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